
Vidéo par Ionut Iordachescu, photos par Daniel Mihailescu et Andrei Pungovschi ///Bucarest, 16 Mar 2020 (AFP) - Faire les courses pour des personnes en confinement, recueillir des fonds pour des hôpitaux sinistrés: des volontaires prêtent main-forte aux autorités roumaines qui craignent une aggravation de l'épidémie de coronavirus.La Roumanie a fermé ses établissements scolaires et ses universités, mais une vingtaine d'étudiants, dont Matei, Mihnea et Costica, ont décidé de rester dans la capitale. Leur mission: faciliter la vie des personnes placées à l'isolement. Munis de gants et de masques de protection, ils livrent les emplettes ou les médicaments devant la porte de ceux qui les ont sollicités."Les gens nous appellent, on vérifie qu'il s'agit bien de personnes qui ont besoin d'aide, puis l'un d'entre nous s'occupe de la liste des courses envoyée via Facebook", explique Costica Pulbere.Le but est d'"aider les personnes âgées à se tenir loin des endroits surpeuplés, dont les supermarchés et les pharmacies", souligne un autre volontaire, Mihnea Badiu.Grâce à une autre initiative baptisée "Les courses devant ta porte" (#CumparaturiLaUsaTa), une soixantaine de jeunes sont à pied d'oeuvre à Bucarest, tandis que d'autres sont prêts à prendre le relais dans plusieurs grandes villes."Les gens doivent comprendre que nous traversons une situation de crise et qu'ils doivent rester chez eux. Personne ne va mourir de faim, l'important est de demeurer prudents", confie à l'AFP Marian Raduna, responsable de l'ONG Geeks for Democracy, à l'origine de ce projet.La Roumanie a jusqu'ici recensé 158 cas de nouveau coronavirus, un bilan léger dont le gouvernement se félicite.Mais des experts et des médecins soulignent que, dans ce pays parmi les plus pauvres de l'UE, les hôpitaux sont mal préparés pour un éventuel afflux de malades.Plusieurs témoignages de praticiens font état d'un manque d'équipements de protection, voire de tests de dépistage du Covid-19. Environ 3.200 personnes ont jusqu'ici été testées dans ce pays de 19 millions d'habitants, soit un nombre limité qui pourrait expliquer la faible prévalence des cas confirmés, selon les experts. - "Sur les barricades" - L'association Daruieste Viata (Donne vie), qui construit le premier hôpital oncologique pour enfants de Roumanie financé entièrement par des dons privés, a décidé de diriger désormais les fonds recueillis vers les hôpitaux qui sont en première ligne contre le coronavirus.Cette ONG a déjà recueilli 400.000 euros, qui lui ont permis d'acheter trois ventilateurs artificiels destinés à l'hôpital de maladies infectieuses Matei Bals de Bucarest, ainsi que d'autres équipements qui seront prochainement livrés à trois grands hôpitaux du pays, a indiqué à l'AFP Carmen Uscatu, l'une de ses deux cofondatrices."Les médecins sont sur les barricades, les infirmiers et les aides-soignantes aussi, mais ils ont tous besoin de protection (...) sinon ils seront les premiers à sombrer", a-t-elle mis en garde sur Facebook.A Iasi, près de la frontière moldave, des jeunes mettent en contact bénévoles et personnes ayant besoin d'aide, qu'il s'agisse de promener le chien, de cuisiner, ou de s'occuper des enfants.L'autorité pour la protection des animaux (ASPA) de Bucarest a elle aussi proposé d'accueillir des animaux de compagnie dont les propriétaires sont placés en quarantaine ou hospitalisés."Des gens ont appelé pour s'enquérir des conditions de prise en charge", a indiqué à l'AFP une porte-parole de l'ASPA, qui promet d'envoyer régulièrement des photos et des vidéos des "compagnons" poilus pour rassurer les propriétaires inquiets.La Roumanie, qui a notamment instauré la quarantaine pour les voyageurs arrivant de plusieurs pays, dont l'Italie, a multiplié les appels à limiter les déplacements et à privilégier le télétravail.Le Premier ministre libéral Ludovic Orban et plusieurs membres de son gouvernement se sont eux-mêmes placés à l'isolement après avoir côtoyé un sénateur testé positif. Les réunions du gouvernement se tiendront désormais par visioconférence.ii-mr/smk/lpt