Mario Villar Nations unies, 19 mars Le conflit au Sahara occidental, qui dure depuis près d'un demi-siècle, reste bloqué aux Nations unies, mais il penche de plus en plus vers les thèses marocaines, notamment après le tournant de la position américaine et celui annoncé ce vendredi par l'Espagne. Le gouvernement espagnol a approuvé hier l'initiative marocaine d'autonomie pour le Sahara occidental en tant que moyen « le plus réaliste » de résoudre le conflit, ce qui représente un changement total de la position officielle du pays, puisqu'il a défendu jusqu'à présent les accords aux Nations unies pour organiser un référendum pour déterminer l'avenir de son ancienne colonie. Depuis 1965, l'ONU a inscrit le Sahara occidental sur sa liste des territoires non autonomes et, à la suite de la guerre menée par le Maroc et le Front Polisario entre 1975 et 1991, il s'agit d'une question fixe à l'ordre du jour du Conseil de sécurité, l'organe responsable des affaires de paix et de sécurité. C'est le Conseil de sécurité qui a décidé en 1991 de créer la Mission des Nations Unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (Minurso) dans le cadre d'un arrangement transitoire visant à préparer une consultation au cours de laquelle le peuple du Sahara occidental choisirait entre l'indépendance et l'intégration au Maroc. LE RÉFÉRENDUM, PRESQUE OUBLIÉ Après trois décennies, cependant, ce référendum n'a toujours pas eu lieu et il présente de moins en moins de signes de devenir réalité. Il y a d'abord eu des divergences concernant le recensement des électeurs sahraouis, puis le refus déjà frontal du Maroc d'accepter la consultation, Rabat offrant comme seule voie une proposition d'autonomie. Le Polisario étant enraciné dans la nécessité d'un référendum d'autodétermination et le Maroc étant à l'aise avec son contrôle territorial et son offre d'autonomie aux contours imprécis, les années se sont écoulées sans que le Conseil de sécurité n'agisse de manière décisive pour tenter de sortir de cette situation difficile. Presque par inertie, les pouvoirs du Conseil ont prolongé le mandat de la MINURSO et maintenu la question au second plan, tout en modifiant progressivement le langage de leurs résolutions selon une ligne qui, pour de nombreux analystes, est de plus en plus favorable aux intérêts marocains. Au fil des ans, la mission de l'ONU n'est plus qu'un observateur du cessez-le-feu, et le mot référendum n'apparaît même plus dans les textes régulièrement adoptés par le Conseil de sécurité. Dans la dernière résolution visant à prolonger la MINURSO, en octobre dernier, cet organe a appelé à une « solution politique » qui soit « réaliste, viable, durable et acceptable pour toutes les parties ». LA MÉDIATION DES NATIONS UNIES Dans le même temps, le travail de l'ONU elle-même pour atteindre ces objectifs reste infructueux malgré les efforts d'un certain nombre de médiateurs qui ont exercé leurs fonctions et qui ont souvent été ostracisés par les autorités de Rabat. La dernière tentative de négociation a eu lieu en 2018 et 2019, lorsque l'envoyé des Nations unies de l'époque, l'allemand Horst Köhler, a réussi à siéger au Maroc et au Polisario, ainsi que l'Algérie et la Mauritanie, après des années de blocus. La réunion de Köhler pour des raisons de santé a toutefois conduit à deux ans de paralysie presque totale, avec de grandes difficultés pour trouver un nouveau médiateur acceptable pour toutes les parties. Enfin, en octobre dernier, le diplomate italo-suédois Staffan de Mistura a été nommé, qui a effectué sa première visite dans la région en janvier dernier avec l'idée de tenter de débloquer la situation, sans qu'aucune initiative concrète ne soit connue pour cela. ENTRE LES MAINS DES POUVOIRS Face à ce blocus, les bonnes nouvelles de ces dernières années sont venues de la main des décisions nationales, principalement celles prises par les États-Unis à la fin de 2020. Washington, qui est chargé de rédiger les résolutions du Conseil sur le Sahara occidental depuis des décennies, a ensuite décidé de reconnaître la souveraineté marocaine sur le territoire. Le tournant a été pris par le républicain Donald Trump à sa sortie de la Maison-Blanche, mais cette décision n'a pas été annulée par l'administration du démocrate Joe Biden. Ce vendredi, suite à l'annonce faite par l'Espagne, Washington a réitéré qu'il considérait le plan d'autonomie proposé par le Maroc en 2007 pour le Sahara comme une initiative « sérieuse, crédible et réaliste » pour résoudre le conflit. La position marocaine a ainsi été fortement renforcée ces dernières années, Rabat bénéficiant déjà du soutien clair de la France, qui est l'une des cinq puissances dotées d'un droit de veto au Conseil de sécurité, et qui, par le biais d'une diplomatie silencieuse, a protégé les intérêts marocains tandis que d'autres puissances ont préféré ne pas y aller trop impliqué dans la question. CHEF MVS/FJO/JRH
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